Vous êtes locataire et l’eau de votre logement est coupée depuis plusieurs jours ? Retenez qu’aucun délai n’autorise un propriétaire à priver un locataire d’eau courante. L’eau potable est indispensable à un logement décent et le bailleur doit intervenir immédiatement.
Les délais de réparation peuvent varier selon la panne, mais vos droits sont clairs. Voici l’essentiel à connaître sur les obligations du propriétaire et les recours possibles si la coupure dure.
Aucun délai légal n’autorise une coupure d’eau prolongée
Contrairement aux idées reçues, aucun délai légal n’autorise une coupure d’eau prolongée. L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de fournir un logement décent avec une alimentation en eau potable normale (débit et pression). Toute coupure doit donc être exceptionnelle et la plus brève possible.
En pratique, voici les délais généralement admis par la jurisprudence :
- 24 heures pour une panne simple nécessitant une intervention rapide de plomberie.
- 48 heures à une semaine maximum pour des réparations complexes impliquant des travaux importants.
- Au-delà de 21 jours, le propriétaire a l’obligation de vous indemniser par compensation financière ou de vous proposer un relogement.
Ces délais ne sont pas des autorisations, mais des limites à ne pas dépasser. Le bailleur doit agir au plus vite et vous tenir informé de l’avancement des réparations. Rester plus d’une semaine sans eau est clairement inacceptable et contraire aux obligations d’un logement décent.
Quelles sont vos obligations et vos droits face à une coupure d’eau ?
Les obligations immédiates du propriétaire
Dès que vous signalez une coupure d’eau, le propriétaire doit réagir rapidement. Il dispose d’un délai de 8 jours pour répondre et organiser l’intervention. Au-delà de ce délai sans réponse, vous pouvez lui envoyer une mise en demeure formelle.
Pendant la coupure, le bailleur a plusieurs obligations :
- Vous informer de la cause de la coupure et du calendrier de réparation.
- Fournir une solution alternative adaptée : eau en bouteille, accès à des sanitaires ou une douche publique.
- Faire intervenir un plombier qualifié dans un délai raisonnable.
- Respecter les exigences du Code de la santé publique concernant l’hygiène et la prévention des risques sanitaires.
Depuis la loi du 15 avril 2013, il est strictement interdit de couper l’eau à un locataire de manière arbitraire. Une interruption n’est justifiée que par des travaux urgents ou une situation exceptionnelle, et elle doit rester temporaire.
Vos droits en tant que locataire
Face à une coupure d’eau, vous n’êtes pas sans recours. La loi protège vos droits et vous pouvez agir.
Vos droits principaux :
- Réduction de loyer proportionnelle à la durée de la privation, pour compenser la perte de jouissance.
- Résiliation du bail sans pénalités si le logement devient inhabitable.
- Dommages et intérêts pour le préjudice subi, matériel ou moral.
- Remboursement des frais engagés (achat d’eau en bouteille, nuits d’hôtel, etc.).
Ce que vous devez faire, c’est de documenter la situation avec des photos, et des factures, mais aussi de noter les dates et les heures de la coupure. Ces preuves sont essentielles si vous devez saisir la justice.
Comment réagir et obtenir réparation si l’eau reste coupée ?
Les démarches amiables à suivre en priorité
Dès la découverte de la coupure, contactez immédiatement votre propriétaire par écrit. Privilégiez un email ou un SMS daté pour conserver une preuve de votre signalement. Précisez la nature du problème et demandez un accusé de réception confirmant sa prise en charge.
Si après 8 jours vous n’avez aucune réponse ou que la situation stagne, envoyez une mise en demeure en lettre recommandée avec AR. Fixez un délai raisonnable : 48 heures en urgence ou une semaine pour des travaux plus lourds.
Vous pouvez aussi saisir la Commission départementale de Conciliation (CDC). Cette procédure gratuite favorise un accord amiable et évite une procédure judiciaire souvent longue et coûteuse.
Les recours judiciaires et indemnisations possibles
Si les démarches amiables échouent, vous pouvez saisir le tribunal judiciaire compétent. Le juge peut prononcer une injonction de faire, c’est-à-dire obliger le bailleur à rétablir l’eau sous peine d’astreinte financière. Cette procédure permet souvent d’accélérer la résolution du problème.
Le tribunal peut également vous accorder plusieurs formes d’indemnisation :
- Une réduction de loyer calculée proportionnellement à la durée de la coupure.
- Des dommages et intérêts pour compenser le préjudice moral et les désagréments subis.
- Le remboursement de tous vos frais exposés durant la période sans eau.
- La résiliation du bail si le logement est devenu inhabitable, sans préavis ni pénalités.
Au-delà de 21 jours de coupure, l’indemnisation devient obligatoire selon le service public. Pour mieux comprendre vos droits en tant que locataire, vous pouvez consulter notre guide sur les droits du locataire face aux actions du propriétaire.
Qui est responsable de la coupure d’eau dans votre logement ?

Dans la majorité des cas, le propriétaire est responsable d’une coupure d’eau. La Cour de cassation a rappelé que le bailleur répond des pannes touchant les installations d’eau, même si elles se situent hors de votre logement. Autrement dit, une panne sur une conduite dans les parties communes ou en dehors de l’appartement reste à la charge du propriétaire.
Le propriétaire est tenu de réparer plusieurs types de pannes : rupture de conduite, défaillance du système de distribution, problèmes de qualité de l’eau liés aux installations vétustes. Il doit également vous prévenir en cas d’intervention programmée par le fournisseur d’eau ou de travaux nécessitant une coupure temporaire.
Votre responsabilité en tant que locataire n’est engagée que dans des cas précis :
- Non-paiement des factures d’eau (si vous en êtes redevable).
- Usage excessif ou anormal ayant causé un dysfonctionnement.
- Dommages volontaires ou par négligence aux installations.
Dans ces situations, vous devez assumer les coûts de réparation.
En revanche, certaines coupures échappent à toute responsabilité directe, comme :
- des travaux d’urgence sur le réseau public,
- ou un incident technique majeur chez le fournisseur.
Même alors, le propriétaire doit vous informer et proposer des solutions alternatives si la coupure se prolonge.
En tant que propriétaire comme en tant que locataire, comprendre les obligations de chacun permet d’éviter les conflits. Si vous gérez un bien en location, sachez que les garanties locatives varient selon les pays, comme l’explique notre analyse sur la garantie de loyer en Suisse.
Nous espérons que ces informations vous aideront à faire respecter vos droits. L’accès à l’eau courante n’est pas négociable, et vous disposez de tous les outils légaux pour contraindre votre bailleur à agir rapidement.


